Quand j’avais 6 ans, j’ai tué un dragon
Bruno Romy
le 15 May 2017
Pourquoi témoignez-vous ?
Je suis réalisateur de fictions. « Quand j'avais 6 ans, j'ai tué un dragon » est mon cinquième film et mon premier pour la télévision. L'univers de mes longs-métrages est souvent qualifié de « burlesque poétique ». Le cancer de Mika n'a rien changé à ma façon d'entrevoir la vie, la réalité et mon travail de cinéaste.
La fabrication du documentaire s'est étalée sur trois années. Nous avons travaillé comme dans un atelier d’artisan ou un laboratoire de recherche, en ayant le temps d’expérimenter et de tester des choses originales : une narration à quatre voix, un montage d'images très diverses, une bande sonore mêlant ambiances réelles et bruitages...

Les voix off des quatre personnages (l'enfant, la maman, le papa et le médecin) sont au premier plan de l'univers sonore, comme détachées des images. Comme si ils parlaient à l'oreille de chaque spectateur. Derrière ces voix off, des ambiances réelles sont mixées avec des bruitages irréalistes, un peu trop forts. L'intention est toujours de dédramatiser le réel, de prendre de la distance, d'amener la poésie.

Plusieurs titres de Philippe Katerine apparaissent dans le film, un peu à la manière d'une comédie musicale. Cet album avait accompagné Mika pendant tout son traitement.

Le film associe plusieurs « genres » d'images : des dessins de Mika et d’Annabelle que nous avons animé , des photographies, des séquences « live » tournées à l’hôpital, et des micro-fictions, séquences de reconstitution souvent burlesques dans lesquelles Mika apparait déguisée.

C'est la première fois que je travaille pour la télévision. Mes précédents films étaient avant tout destinés aux salles de cinéma. J'ai aimé appréhender ce nouveau média. Le petit écran impose une un autre type de créativité : un montage dynamique, une narration limpide, une présence sonore constante... Ces nouvelles contraintes m’ont amené à inventer encore un peu plus tout en conservant mon « style ».

Les huit mois que j'ai vécu entre l'hôpital et la maison sont « la plus dure et la plus belle histoire » qui ne me soit jamais arrivé. Comme cinéaste, essayer de la faire partager à un large public était une évidence, une nécessité.

Quand on parle du cancer, on emploie souvent des termes guerriers : le combat, la victoire, le courage... Maintenant, j'ai du mal à accepter ces métaphores. L'enfant malade ne « lutte pas contre », il « vit avec » le cancer. Et pour ses proches c'est la même chose. On doit vivre avec le cancer. Pour les médecins, c'est différent. Et l'image est plus juste. Ils ont des armes chimiques, des plans d'attaque, et ils en sortent de plus en plus souvent victorieux. Ce sont eux les guerriers, pas le malade et ses proches.

Je souhaite que ce film aide aussi un peu les malades et leur entourage à VIVRE le cancer.
Description de l'oeuvre
Mika apprend le 5 avril 2012 qu’elle est atteinte d’une leucémie. Elle a 6 ans. L'enfant, la maman, le papa et le médecin, nous content le long parcours vers la guérison.
Un carnet de bord coloré, singulier, plein d'humour et de poésie.
Un film intime et universel. Bouleversant et efficace. Grave et léger. Drôle et pas drôle.

Un matin d'avril 2012, le cinéaste Bruno Romy et la dessinatrice Annabelle Cocollos apprennent que leur fille Mika, 6 ans, est atteinte d’une leucémie... Huit mois plus tard, quand Mika peut enfin retrouver le chemin de l'école, la famille décide de faire un documentaire intitulé « Quand j’avais 6 ans, j’ai tué un dragon ».
Le film est construit en trois actes. Le premier se concentre sur le séisme du diagnostic, l'annonce aux proches, la première nuit à l'hôpital, l'angoisse totale... Le deuxième relate la vie d'un service d'oncologie pédiatrique, les soignants, les autres enfants malades et leurs parents, l'adaptation à un autre monde... jusqu'au retour à la maison. Le troisième évoque les incessants séjours à l'hôpital, les transformations physiques causées par les chimiothérapies, la vie quotidienne avec le cancer... jusqu'au matin où Mika retourne à l'école, coiffée de son chèche, le sourire aux lèvres.

Les voix off de quatre personnages sont au premier plan de l'univers sonore. Ils parlent à l'oreille de chaque spectateur. Ils nous confient leurs réflexions, leurs états d'âme. Chacun a sa façon propre de parler, la spontanéité de l'enfant, la force de la maman, la fragilité du papa, la distance professionnelle du médecin Odile Minckes. Les images très rythmées mêlent des tranches de vie réelles, des séquences de fiction, des mises en scène musicales et des animations de dessins de Mika et d'Annabelle.
Ce documentaire porte la signature visuelle singulière de Bruno Romy. Sur toutes ses oeuvres de fiction planent les esprits de Chaplin, Tati ou Keaton. Ces génies veillent aussi sur ce documentaire : une savante orfèvrerie créative, bricolée au millimètre. Le travail du cinéaste a été de chercher la bonne distance, la poésie et l'humour.
https://vimeo.com/151903802

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