Dame Ô
Fabrice Garcia
le 01 dcembre 2014
Pourquoi témoignez-vous ?
« En 1999, le Ministère de la Culture et de la Communication et le Secrétariat d’État à la Santé ont signé une convention visant la promotion et la coordination des activités artistiques et culturelles dans les hôpitaux. L’objet de l’alliance culture / hôpital est d’améliorer la prise en charge des patients. »
Source : Actualité et dossier en santé publique
La situation sociale de la personne obèse ne s’arrange pas. La stigmatisation des personnes obèses est devenue banale avec des conséquences d’exclusion, d’isolement et d’injustice. Les multiples échecs des régimes ont installé un traitement « agressif », la chirurgie, qui n’est pas le traitement miracle de l’obésité morbide. A vrai dire la médecine ne suffit plus pour la prise en charge de l’obésité, la « maladie » étant individuelle et collective. La nouvelle médecine de l’obésité ne doit pas chercher seulement à faire maigrir mais à installer une prise en charge globale de la personne obèse dans son milieu et dans la société qui doit changer son regard sur la personne obèse.
Cette prise en charge globale et personnalisée a mené le Dr Maxime Sodji (chirurgien de l'obésité) à écouter, traduire, expérimenter, évaluer et innover surtout dans le domaine de l’art. L’art a souvent mis en valeur la personne obèse. Les maigres étaient moins représentés dans tous les domaines artistiques. « L’humanité a souvent vécu dans le dénuement et a toujours projeté l’art dans ses rêves d’abondance. » disait Marcel Sendrail.
Voilà que l’art vient encore au secours de l’obésité par l’art-thérapie. Un concept encore vague qui reste toujours difficile à définir.
« Ecrire, c’est lever toutes les censures. » disait Jean Genet.
Le mot art-thérapie en chirurgie de l’obésité est prétentieux. L’art-thérapie est une vraie spécialité qui englobe l’ensemble des pratiques thérapeutiques utilisant une technique artistique comme méthode de soin. Le statut d’art-thérapeute est reconnu aux U.S.A. depuis plus de vingt ans. Cette branche implique une expérience psychothérapique étendue, de préférence psychanalytique, une connaissance de la médiation artistique, un intérêt pour les arts, une expérience des thérapies groupales, de l’attrait pour la création, l’improvisation, etc…
La personne obèse fuit les objectifs des appareils photo et des caméras : « Hors de la maison les miroirs corps entiers ! ». Lors des entretiens avec le chirurgien, un véritable déni du corps est observé, souvent habillé de noir, contrastant avec un joli visage dont le maquillage est tenu à jour et vérifié dans les nombreux petits miroirs de la maison. Les patients sont alors invités à débuter la réconciliation avec leur physique et à venir à la première consultation avec une photo corps entier habillé. La majorité rapporte que cette prise de photo qu’ils ont fait faire par un ami et non par un proche a été un moment de torture et qu’ils n’ont pas vu la photo qu’ils donnent les yeux fermés ou cachée dans une enveloppe. Ils la réclament quelques années plus tard quand ils ont bien maigri.
Un système de parrainage a été mis en place et des groupes de parole ont été organisés… C’est là qu’est venue la deuxième révélation. Transcendée par l’effet de groupe, la personne obèse parle juste, parle vrai et libère ses souffrances...
D’où l’idée de demander aux participants d’écrire des poèmes. Aussi, nous avons co-écrit un livre avec des poèmes (Le poids des mots). En poésie-thérapie, l’idée de départ était qu’ils écrivent un poème avant la chirurgie, puis un autre lors de l’amaigrissement et un dernier à la fin. Mais le temps de l’amaigrissement est très long et parfois infini ; c’est pourquoi l’exploit d’un poème nous a suffi pour ce premier projet.
Au commencement était le verbe, et aujourd'hui c'est le théâtre, voici notre cheminement. Les participants à la commission de théâtre ont écrit des anecdotes sur leur vie d’obèse.
Le concept de théâtre-thérapie est encore imprécis : soit la personne a recours spontanément au théâtre comme outil de croissance personnelle ; soit c’est la thérapie théâtrale, inventée dans les années 70, qui utilise toutes les techniques qui marchent dans le cadre du théâtre pour traiter les problèmes de confiance, de sociabilisation, de prise de parole en public, et les problèmes de relation sous forme de psychodrame.
L’originalité de notre approche réside dans le fait que ce sont des anciens obèses qui se sont penchés sur leur passé pour mieux le fixer, l’exorciser et se projeter dans l’avenir.
C’est de l’art brut sans le regard d’un art-thérapeute diplômé, au profit d’un projet d’amaigrissement, qui est long et difficile, et qui ne demande qu’à être jugé par les critiques. Certains y ont pris goût, se sont même découvert un style ; j’espère qu’ils continueront. Il reste à étudier cette approche par des études comparatives. En attendant, la réaction d’adhésion qui continue avec les nouveaux patients est toujours forte.
Toutes ces formes d’art permettent une introspection, un face-à-face avec leur « moi » que certains fuyaient, une identification de leurs souffrances schématisées en mots, en traits, en couleurs, et un jeu de rôle qu’on veut les aider à gagner.
En attendant, par ce procédé, un autre type de relation avec le patient obèse s’est créé.
Oubliée la traditionnelle relation paternaliste et place à un nouveau rapport médecin-patient fondé sur la confiance réciproque, la responsabilité et la mise en place d’un nouveau mode d’accompagnement des soins médicaux.
Le patient doit considérer la chirurgie comme un outil et se rappeler qu’il est co-auteur de son résultat. Il n’y a pas de mauvais outil, mais de mauvais ouvrier. Toutes ces formes de prise en charge optimisent le suivi qui est la clé du succès.

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Description de l'oeuvre
Dame Ô est une pièce de théâtre traitant de l’obésité sous un angle inédit, une trame, un fil rouge : la chirurgie de l’obésité, au travers d’anecdotes de patient(e)s opéré(e)s, d’histoires personnelles ou fictives adaptées pour la scène par des auteurs confirmés. Il s’agit d’une pièce d'information, de sensibilisation et de partage avec le public, une pièce humaine et militante, entre doux onirisme et dure réalité, du rire aux larmes.
Cette pièce a été rédigée avec l’aide d’une commission de 30 patient(e)s opéré(e)s d’un anneau gastrique, d’une sleeve ou d’un by-pass dans une clinique de Limoges, sous l’égide du Dr Maxime Sodji (chirurgien gastrique et de l’obésité).
Jouée à guichets fermés dans un grand théâtre, la première de la pièce a eu lieu le 21 novembre 2014 et a rencontré un franc succès, les comédiens ont eu droit à une standing ovation !
Dame Ô a reçu un prix de santé publique par la CPAM Haute-Vienne.
https://www.facebook.com/dameobesite
Un enregistrement de la pièce donnera lieu à un DVD.
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